Pelouses calcicoles dominées par des annuelles

Rédacteur : David Suarez

Physionomie – écologie

Les pelouses à thérophytes sont des formations végétales pionnières à dominante d’annuelles qui se développent aux étages planitiaire et collinéen, sur des roches-mères carbonatées : plateaux calcaires tabulaires durs et compacts du Jurassique ou du Crétacé, et leurs rebords. Sur ces plateaux, l’altération du calcaire en surface provoque la formation d’un sol squelettique de type rendzine rouge. Cet habitat, qui se présente sous l’aspect de pelouses fortement écorchées, avec un recouvrement de moins de 50%, se développe dans les zones de tonsures provoquées par le pâturage (ovin principalement, et parfois lapins) ou l’érosion, mais également sur les chemins et les zones décapées par le passage des engins tout-terrain. Il est composé en grande partie d’annuelles à durée de vie courte, accompagnées de chaméphytes et hémicryptophytes pionniers des pelouses calcicoles xérophiles du Xerobromion. En fonction de la proximité de la table calcaire sous-jacente, des chaméphytes succulents du genre Sedum peuvent également être présents. La floraison printanière des annuelles, parfois spectaculaire, lui confère un aspect caractéristique mais fugace. En fonction des conditions météorologiques (pluviométrie, gelées tardives…), cet habitat peut revêtir un aspect très variable d’une année sur l’autre.
Dans la région, les surfaces occupées par cet habitat sont généralement faibles au sein de complexes de pelouses calcicoles associant les pelouses du Xerobromion, des Thero-brachypodietea et de l’Alysso-Sedion albi (tricénose pelouse vivace/tonsure annuelle/dalle à Crassulacées).
3 associations végétales originales existent en Poitou-Charentes :
En Charente, sur les plateaux calcaires tabulaires durs du Turonien, aux environs d’Angoulême, se développent les tonsures à Lin des collines et Sabline des chaumes (LINO COLLINAE-ARENARIETUM CONTROVERSAE), caractérisées par le Brachypode à 2 épis (Brachypodium distachyon), la Sabline des chaumes (Arenaria controversa) et le Lin des collines (Linum austriacum ssp collinum).
En Charente Maritime, sur des calcaires durs du Cénomanien, en un unique site près de Saint-Savinien, se développe la tonsure à Evax à fruits velus Evax carpetana et Lin à 3 styles Linum trigynum , communauté très originale puisque enrichies en éléments acidiphiles, avec Evax carpetana, Linum trigynum, la Canche élégante Aira elegantissima.
Lorsque le sol est enrichi, notamment par les déjections des troupeaux, on observe l’apparition d’une association plus nitrophile, d’un intérêt biologique moindre : la tonsure à Vulpie ciliée et Crépide fétide (VULPIO CILIATAE-CREPIDETUM FOETIDAE) avec la Vulpie ciliée Vulpia ciliata, la Crépide fétide Crepis foetida, le Catapode rigide Catapodium rigidum

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF 2004

Classe : Stipo capensis Trachynietea distachyae Brullo 1985
Ordre : Brachypodietalia distachyae Rivas-Martinez 1978
Alliance : Trachynion distachyae Rivas-Martinez ex Rivas Mart., Fern.-Gonz. & Loidi 1999

COR 1991

  • 34.51 Pelouses xériques de la Méditerranée occidentale
    • 34.5131 Communautés annuelles calciphiles de l’ouest méditerranéen

Directive Habitats 1992 et Cahiers d’habitats

6220*- 4 Pelouses à thérophytes mésothermes thermo-atlantiques

Confusions possibles

Cet habitat peut être confondu avec les autres pelouses des sols calcaires squelettiques, notamment celles du Xerobromion, à dominance de vivaces, et celles de l’Alysso-Sedion albi, avec lesquelles il est toujours étroitement imbriqué, formant ainsi une mosaïque complexe.

Dynamique

Formations secondaires issues de déforestations historiques anciennes et de régimes agro-pastoraux (pacage), parfois aussi d’une reconstitution séculaire du tapis végétal après abandon des cultures, les pelouses à thérophytes évoluent naturellement vers les pelouses calcicoles xérophiles du Xerobromion, puis vers la forêt calcicole, en passant par plusieurs phases dynamiques (pelouses calcicoles mésophiles, ourlets de la forêt calcicole, fourrés puis jeune chênaie pubescente). Cette évolution est généralement lente, en raison de la très faible épaisseur de sol ; néanmoins, en l’absence d’actions permettant le maintien de zones dites « de tonsure » (pâturage extensif, présence de lapins, chemins, passage d’engins…), les pelouses à thérophytes disparaissent rapidement au profit des pelouses xérophiles. En cas de charge pastorale trop forte (cas devenu exceptionnel de nos jours mais d’occurrence possible sur certains sites gérés par des associations ou divers conservatoires), une dérive nitrophile de l’habitat peut être observée avec régression/disparition des espèces les plus caractéristiques et remplacement par des thérophytes nitrophiles comme la Vulpie ciliée ou la Vulpie d’Espagne.

Espèces indicatrices

[plante2] *Aira elegantissima, *Arenaria controversa, Bombycilaena erecta, *Brachypodium distachyon, Bupleurum baldense, Catapodium rigidum, *Crucianella angustifolia, Euphorbia exigua, *Evax carpetana, *Linum austriacum ssp.collinum, *Linum strictum, Linum trigynum, Ranunculus paludosus, Vulpia unilateralis
[plante1] Acinos arvensis, Alyssum alyssoides, Cerastium pumilum, Medicago minima, Trifolium scabrum, Vulpia ciliata
[briophytes] Ditrichum flexicaule, Pleurochaete squarrosa, Trichostomum crispulum
[orthopteres] Calliptamus barbarus, Calliptamus italicus, Oedipoda caerulescens

Valeur biologique

Cet habitat rare en Poitou-Charentes présente une très forte valeur biologique, due à la présence de 2 espèces protégées au niveau national : l’endémique française Arenaria controversa, et la subendémique Evax carpetana (dans son unique localité française). 2 autres espèces sont protégées au niveau régional, Linum austriacum et Brachypodium distachyon, et plusieurs autres sont inscrites sur la liste rouge régionale des espèces végétales menacées.

Menaces

Cet habitat, en régression continue depuis le début du XXe siècle, a surtout souffert de l’abandon du pastoralisme extensif permettant le maintien d’un complexe « pelouse-tonsure-dalle », indispensable à sa survie. L’extension urbaine et industrielle a également provoqué la destruction ou la réduction de plusieurs sites exceptionnels, notamment aux abords d’Angoulême. Les carrières d’exploitation de la roche calcaire peuvent aussi constituer une menace pour cet habitat. La pratique intensive des véhicules tout-terrain et la surfréquentation des sites en périphérie urbaine peuvent être néfastes au maintien des fragiles espèces de ce groupement. Le rare Evax carpetana, qui apparaît sporadiquement, a fait l’objet d’un pillage botanique…

Statut régional

Habitat très ponctuel : présent surtout en 16, plus sporadiquement en 86 et 17

Les sites comportant des surfaces significatives de cet habitat ont presque tous été intégrés et décrits dans les inventaires du patrimoine naturel récent (ZNIEFF, Natura 2000) auxquels on se reportera pour plus de détails.

16 : plateaux calcaires d’Angoulême, chaumes du Vignac, coteaux de Châteauneuf, chaumes de Soubérac
17 : chaumes de Sèche-Bec, chaumes de St Porchaire
86 : pelouses dolomitiques des environs de Lussac-les-Châteaux

 

Pelouses calcifuges dominées par des annuelles

Rédacteur : Patrick Gatignol

Physionomie – écologie

Les pelouses calcifuges à annuelles sont des communautés végétales pionnières et éphémères qui se développent sur des sols oligotrophes peu développés et de texture légère : arènes granitiques situées aux pourtours des dalles siliceuses (HELIANTHEMION) et sols plus ou moins sableux, y compris dans les chemins des landes acidophiles qui se développent sur des podzosols (THERO-AIRION).

Les contraintes écologiques sont très fortes du fait de la faible rétention en eau de ces sols qui entraîne une xéricité très accusée. Néanmoins des écoulements d’eau de type suintement qui surviennent dans certaines zones permettent l’installation de communautés méso-hygrophiles particulières (cf. fiche « Gazons de petites annuelles éphémères »).

L’aspect est généralement celui d’un gazon bas très ouvert avec de nombreux espaces de sol nu ou, parfois, plus ou moins recouverts d’une strate lichéno-bryologique.

Selon le cas il s’agit de communautés plus ou moins thermophiles (cf. HELIANTHEMION).

Ces groupements sont capricieux et très variables d’une année sur l’autre en fonction des précipitations qui engendrent leur développement plus ou moins important.

Leur phénologie est principalement printanière mais ils peuvent réapparaître partiellement en automne à la faveur de conditions microclimatiques favorables.

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF 2004

HELIANTHEMETEA GUTTATI (ex Rivas goday 1958) Rivas Goday & Rivas Mart. 1963

  • Helianthemetalia guttati Braun-Blanq. In Braun-Blanq., Molin. & He.Wagner 1940 : communautés non littorales
    • Helianthemion guttati Braun-Blanq. In Braun-Blanq., Molin. & He.Wagner 1940 : communautés vernales méditerranéennes des sables xériques
    • Thero-airion Tuxen ex Oberd. 1957 (=Airion caryophylleo-praecocis) : communautés vernales à estivales des sols xériques, atlantiques à médio européennes, sur sables, arènes et dalles siliceuses

CORINE 1991

  • 35.21 Prairies siliceuses à annuelles naines
  • 35.3 Pelouses méditerranéennes siliceuses.

Directive Habitats 1992 et Cahiers d’habitats

Nc.

Confusions possibles

Du fait de leur composition riche en thérophytes et de leur aspect caractéristique les confusions semblent difficiles. Néanmoins, certaines communautés globalement calcicoles peuvent présenter dans certaines conditions (lithosols à végétation très ouverte) un certain nombre d’espèces réputées calcifuges et qui semblent ici profiter de l’oligotrophie et de la structure du substrat. Il en est ainsi des tonsures de Sèchebec (17) où se mêlent aux espèces calcicoles du THERO-BRACHYPODION (Crucianella angustifolia, Gastridium ventricosum, Hornungia petraea, etc.) des espèces de l’helianthemion (Tuberaria guttata, Evax lasiocarpa, Aira elegantissima, etc.)

D’autre part, il faut remarquer que ces groupements ne sont pas toujours bien individualisés et ils se présentent souvent en superposition avec des groupements de vivaces qui les masquent plus ou moins, en particulier au niveau des arènes granitiques (cf. fiche « Végétation des dalles siliceuses »).

Dynamique

En l’absence d’un rajeunissement permanent du sol, ces groupements d’annuelles sont étouffés par les groupements de vivaces qui prennent progressivement leur place.

Puis on assiste lentement à un envahissement par des arbustes (ajoncs, rosiers, aubépines, genêts selon les sites et la nature du sol) ou, dans les milieux plus acides, à l’installation ou l’extension d’une lande sèche à Erica cinerea et Calluna vulgaris.

Enfin, viennent les premiers arbres qui préfigurent le climax : forêt acidophile de la chênaie sessiliflore au niveau des zones de landes acidophiles ou chênaie à Chêne pubescent plus ou moins mêlé au Chêne sessile en conditions plus thermophiles, voire chênaie à Chêne tauzin et Pin maritime dans le sud-ouest de la région (16 et 17).

Cette évolution est en général plus rapide au niveau des habitats du THERO-AIRION où l’on constate rapidement l’apparition d’une chênaie sessiliflore thermophile avec Quercus petraea, Q. pubescens et leur hybride.

Au niveau de l’HELIANTHEMION, les caractéristiques pédologiques et géomorphologiques (pentes rocheuses) de la plupart des stations contribuent à une évolution plus lente. Néanmoins, dans certains secteurs on constate l’apparition de fourrés à Cytisus scoparius qui précèdent l’apparition d’une chênaie mixte à chênes pubescent et sessile.

Le pâturage par les ovins et la présence de lapins permettent le maintien de l’habitat.

Espèces indicatrices

[plante2] *Aira caryophyllea, Aira praecox, *Anthoxanthum aristatum, Aphanes australis,*Briza minor, Crassula tillaea, *Cynosurus echinatus, Filago pyramidata, Filago vulgaris, Hypochoeris glabra, Lathyrus angulatus, *Linaria pelisseriana, Linum gallicum, Logfia arvensis, Logfia gallica, Logfia minima, Lotus angustissimus, Micropyrum tenellum, Myosotis discolor, Ornithopus compressus, Ornithopus perpusillus, *Ornithopus pinnatus, Radiola linoides,*Scleranthus polycarpos, *Sedum andegavense, Silene gallica, *Spergula morisonii, *Teesdalia coronopifolia, Teesdalia nudicaulis, *Tolpis barbata, Trifolium arvense, *T. bocconei, T. glomeratum, T. micranthum, T. ornithopodioides, T. striatum, T. strictum, T. subterraneum, Tuberaria guttata, Vulpia bromoides, Vulpia myuros
[plante1] Agrostis capillaris, Jasione montana, Leontodon saxatilis, Mibora minima, Myosotis ramosissima, Plantago coronopus, Poa bulbosa, Potentilla argentea, Rumex acetosella, *Silene vulgaris bastardii, Thymus pulegioides, Trifolium dubium, Veronica arvensis
[briophytes] Brachythecium albicans, Ceratodon purpureus, Bryum subapiculatum, Campylopus introflexus, Racomitrium elongatum

Valeur biologique

Les pelouses du THERO-AIRION constituent un habitat assez rare et moyennement menacé, alors que celles de l’HELIANTHEMION sont très rares et moyennement menacées.

Sur le plan floristique, plusieurs espèces végétales y ont leurs uniques stations régionales : Trèfle de Boccone (Trifolium bocconei),
Teesdalie à feuilles de sénebière (Teesdalia coronopifolia), Canche élégante (Aira elegantissima), Orpin d’Angers (Sedum andegavense), Spergule de Morison (Spergula morisonii), Linaire de Pélicier (Linaria pelisseriana), Flouve aristée (Anthoxanthum aristatum) etc.

Dans les sites les plus riches comme ceux des corniches
rocheuses entre Argenton-Château et Thouars dans le nord 79, elles forment des complexes avec des pelouses vivaces (à Gagée de Bohême (Gagea saxatilis)), des végétations rupicoles (à Scléranthe vivace (Scleranthus perennnis)), des pelouses hygrophiles (à Isoète épineux (Isoetes hystrix)) d’un très grand intérêt qui ont motivé leur inscription au réseau NATURA 2000. Dans d’autres sites, comme ceux sur podzols du sud 17 (landes de Montendre), elles entrent parfois en contact avec des pelouses hygrophiles, elle-même très riches.

Menaces

La menace principale est la fermeture progressive du milieu. En effet l’abandon généralisé du pâturage provoque l’appauvrissement par fermeture du tapis végétal et parfois la quasi-disparition de ces communautés sur certains sites. En effet la végétation optimale doit présenter un recouvrement faible pour permettre la survie des thérophytes.

Dans certains secteurs la sur fréquentation de certaines zones pour les loisirs : motocross, escalade, etc. peut aussi entraîner une dégradation de ces milieux. Paradoxalement, ces pratiques, lorsqu’elles ne sont pas trop intensives, permettent de maintenir l’ouverture du milieu et favorisent cet habitat.

Enfin les dépôts sauvages peuvent entraîner des préjudices localisés.

Statut régional

Les pelouses du THERO-AIRION constituent un habitat assez disséminé ; quoique encore bien présentes, elles sont le plus souvent dégradées et leur richesse en espèces très amoindrie.

Les pelouses de l’HELIANTHEMION sont plus localisées. Les affleurements de roches cristallines sont rares en Poitou-Charentes, et les surfaces concernées par cet habitat sont relativement faibles.

Néanmoins certaines d’entre elles sont encore très riches.

16 : Confolentais, Double

17 : landes de Cadeuil, landes de Montendre

79 : Gâtine, environs de Thouars et d’Argenton-Château (optimum de l’Helianthemion)

86 : Châtelleraudais, Loudunais, vallée de la Gartempe et environs de Ligugé

Une localisation typique de l’habitat : sur les corniches rocheuses granitiques, ici en contact ou en mosaïque avec une pelouse vivace à Saxifraga granulata et Orchis morio (nord des Deux-Sèvres)
La Flouve aristée (Anthoxanthum aristatum) est une espèce rare mais en général abondante dans ses stations
L’Hélianthème tacheté (Tuberaria guttata) caractérise le faciès thermophile de l’habitat
Sur les pentes et corniches rocheuses, la succession végétale s’effectue par un fourré primaire à Genêt à balais (Cytisus scoparius)
 

Pelouses calcifuges dominées par des vivaces

Rédacteur : David Suarez

Physionomie-écologie

Les pelouses calcifuges dominées par des vivaces sont des formations herbacées plus ou moins denses, dominées par des graminées sociables parfois hautes (Pseudarrhenatherum longifolium notamment) entre lesquelles se développent des espèces vivaces plus petites, lorsque l’espace laissé disponible est suffisant. On observe aussi parfois un cortège d’Orchidées assez intéressant au sein de certaines pelouses ouvertes et bien orientées.

Elles colonisent les sols acides tels que les grès, granites, schistes (nord des Deux-Sèvres, sud-est de la Vienne, nord-est de la Charente) ou sables décalcifiés (sud de la Charente et de la Charente-Maritime) maintenus ouverts par divers facteurs comme le pâturage, la fauche, le piétinement, l’érosion naturelle, l’exploitation de la roche-mère… de préférence sur des sols peu profonds et bien ensoleillés. Ce sont des habitats secondaires, dont la dynamique évolutive naturelle doit être bloquée par des pratiques de gestion pour le maintien d’un cortège floristique caractéristique. En effet, en l’absence d’entretien régulier, ces pelouses évoluent assez rapidement vers la lande sèche, puis vers le boisement acidiphile. En Poitou-Charentes, région à dominante calcaire, cet habitat est peu représenté et occupe généralement des surfaces restreintes, limitées au bordures des falaises granitiques, prairies pentues généralement pâturées, chemins et layons au sein de complexes de landes, clairières de boisements silicicoles…

Néanmoins, les secteurs à sols acides de la région correspondent à 3 entités distinctes : sud du Socle armoricain dans le nord des Deux-Sèvres avec des formations végétales plutôt atlantiques, bordure ouest du Massif Central dans l’est de la Vienne et de la Charente présentant des formations subatlantiques du GALIO SAXATILIS-FESTUCION FILIFORMIS avec Galium saxatile, Festuca filiformis, Nardus stricta…, et sables tertiaires de la Double dans le sud de la Charente et de la Charente-Maritime, avec des affinités thermo-atlantiques, caractérisées par la présence de Agrostis curtisii, Pseudarrhenatherum longifolium, Simethis mattiazzii, Viola lactea, et appartenant à l’AGROSTION CURTISII. On observe également dans les boisements silicicoles un habitat pionnier souvent fugace qui se développe à la faveur de trouées dues à des chablis ou en bordure de layons forestiers, avec Calamagrostis epigejos, Hypericum pulchrum, Veronica officinalis

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF 2004

  • Nardetea strictae Rivas Goday in Rivas Goday & Rivas-Martinez 1963
    • Nardetalia strictae Oberdorfer ex Preising 1949
      • Agrostion curtisii de Foucault 1986 : communautés thermo- à eu-atlantiques
      • Galio saxatilis-Festucion filiformis de Foucault 1994 : communautés sub- à nord-atlantiques

COR 1991

  • 35.11 Gazons à Nardus stricta
  • 35.12 Pelouses mésophiles fermées à Agrostis ssp et Festuca ssp
  • 35.13 Pelouses à Deschampsia flexuosa
  • 35.14 Pelouses intra-forestières à Calamagrostis epigejos
  • 35.22 Pelouses siliceuses ouvertes pérennes à Agrostis capillaris, Agrostis vinealis

Directive Habitats 1992 et Cahiers d’habitats

  • 6230* Formations herbeuses à Nardus, riches en espèces, sur substrat siliceux des zones montagnardes et submontagnardes de l’Europe continentale
    • 6230*- 5 Pelouses acidiphiles thermo-atlantiques
    • 6230*- 8 Pelouses acidiphiles subatlantiques à nord-atlantiques

Confusions possibles

Cet habitat peut être confondu avec d’autres formations herbacées des sols acides, notamment les pelouses calcifuges du Thero-Airion ou du Tuberarion guttatae, à dominante d’annuelles, ou les pelouses des dalles siliceuses colonisant les rochers, qui forment souvent avec les pelouses à vivaces une mosaïque complexe. La lande sèche de l’Ulicion minoris, qui se développe en contact direct, est également très proche des pelouses à qui elle succède naturellement : on observe alors une phase de transition marquée par la colonisation des Ericacées. Cette complexité, liée à la présence de plusieurs habitats imbriqués constituant les premiers stades d’évolution de la végétation sur les terrains acides, s’observe également sur sol calcaire, avec une morphologie similaire (Brometalia erecti) ; néanmoins le cortège végétal y est nettement différent et permet de les identifier facilement, ainsi que la nature de la roche.

Dynamique

Les pelouses calcifuges sont des formations secondaires issues de déforestations historiques anciennes et de régimes agri-pastoraux (pacage), parfois aussi d’une reconstitution séculaire du tapis végétal après abandon des cultures. Habitat transitoire, elles évoluent naturellement vers la lande sèche de l’Ulicenion minoris ou l’ourlet silicicole du Trifolion medii, suivant la nature et la profondeur du sol, puis vers la forêt acidiphile (Quercion robori-petraeae ou Quercion robori-pyrenaicae). Cette évolution peut être plus ou moins lente, en fonction de la nature du terrain ; certaines pelouses calcifuges peuvent même être considérées comme stables à l’échelle humaine, notamment en bordure des corniches rocheuses et sur les fortes pentes, où l’érosion empêche l’accumulation d’humus et la densification du tapis végétal. L’action de pacage, et dans certains cas la présence de populations importantes de lapins, permet de maintenir un couvert végétal bas et empêche l’apparition d’espèces ligneuses, bloquant ainsi la dynamique évolutive naturelle des pelouses. Par contre, un pâturage trop intensif peut être néfaste à cet habitat car les espèces qui le composent sont très sensibles à l’enrichissement du sol dû aux déjections animales : les pelouses évoluent alors vers des prairies du Cynosurion cristati d’un moindre intérêt biologique.

Espèces indicatrices

[plante2] Agrostis curtisii, *Avenula lodunensis, Carex pilulifera, Centaurea nigra, Danthonia decumbens, Hieracium gr. pilosella, Festuca filiformis, Festuca rubra, *Galium saxatile, *Gladiolus illyricus, Luzula campestris, Luzula multiflora, *Nardus stricta, Polygala serpyllifolia, Pseudarrhenatherum longifolium, *Scilla verna, Simethis mattiazzii, Viola lactea
[plante1] Achillea millefolium, Agrimonia eupatoria, Agrostis capillaris, Agrostis vinealis, Anacamptis morio, Anthemis nobilis, Anthoxanthum odoratum, Arenaria montana, *Arnoseris minima, Calamagrostis epigejos, *Carex binervis, Carex caryophyllea, Dactylorhiza fuschii, Deschampsia flexuosa, Dianthus armeria, Erica cinerea, *Halimium lasianthum alyssoides, *Halimium umbellatum, Hypericum pulchrum, *Hypochaeris maculata, Hypochaeris radicata, Jasione montana, Lathyrus linifolius, Linum trigynum, Molinia caerulea, Neottinea ustulata, *Ophrys funerea, Orchis mascula, Pedicularis sylvatica, Potentilla argentea, Potentilla erecta, Pteridium aquilinum, Saxifraga granulata, Scorzonera humilis, Serapia lingua, Spiranthes spiralis, Stachys officinalis, Succisa pratensis, Veronica officinalis, Vicia sativa ssp. nigra
[briophytes] Brachythecium albicans, Bryum gemmiferum, Bryum subapiculatum, Ceratodon purpureus, Pleuridium acuminatum
[champignons] Hygrocybe splendidissima
[orthopteres] Aiolopus thalassinus, Chorthippus brunneus, Euchorthippus declivus, Platycleis tessellata, Gryllus campestris

Valeur biologique

Cet habitat rare en Poitou-Charentes, inscrit à l’annexe 1 de la Directive « Habitats » et considéré comme prioritaire, présente paradoxalement un intérêt floristique relativement faible, en terme d’espèces patrimoniales. En effet, même si elles peuvent accueillir un cortège végétal très diversifié, ces pelouses n’abritent qu’une seule espèce protégée (le Glaïeul d’Illyrie Gladiolus illyricus), contrairement à leurs homologues calcicoles. Néanmoins, quelques plantes sont inscrites sur la liste rouge régionale : Galium saxatile, Halimium umbellatum, Nardus stricta, Scilla verna, Simethis mattiazzii… On y observe aussi des orchidées – Anacamptis morio, Dactylorhiza fuschii, Neottinea ustulata, Ophrys funerea, Orchis mascula, Serapia lingua, Spiranthes spiralis – dont beaucoup sont aujourd’hui en forte régression. De plus, de nombreuses espèces animales, plus particulièrement des invertébrés et des reptiles, profitent de la diversité floristique et de l’ensoleillement important de cet habitat, mais aussi souvent de son contact avec la lande, qui crée un effet de « lisière » très favorable à la faune d’une manière générale.

Menaces

Cet habitat transitoire est principalement menacé par sa dynamique naturelle, qui tend à le faire rapidement évoluer vers la lande ou le boisement acidophile en cas d’abandon d’entretien régulier par pacage ou fauche. Ces pelouses sont aussi très sensibles à la fertilisation des sols, notamment par les déjections animales en cas de pression de pâturage trop importante. Par contre, les effets indirects de la tempête de 1999, à savoir le décapage complet de parcelles de pins sinistrées, lui ont été favorables (surtout au sud de la région, dans le secteur de la Double Saintongeaise). Ce phénomène n’est toutefois que temporaire, puisque ces parcelles ont été rapidement replantées et que ces pelouses disparaîtront lorsque les pins auront pris de l’ampleur.

En Poitou-Charentes, le Nard raide Nardus stricta ne forme jamais de peuplements denses comme dans les prairies de montagne, mais tout au plus des colonies éparses au sein d’un tapis graminéen où il n’est jamais la graminée dominante.

Statut régional

Habitat disséminé et rare, manquant totalement dans les secteurs calcaires.

Sites remarquables ou typiques :

16 : Vallées de la Tardoire et de l’Issoire, Double Saintongeaise

17 : Landes de Montendre et de Cadeuil

79 : Landes et roches du Thouarsais et d’Argenton-Château

86 : Pinail, région de Montmorillon

 

Pelouses calcicoles xérophiles

Rédacteur : David Suarez

Physionomie-écologie

Les pelouses calcicoles xérophiles sont des formations herbacées rases et écorchées qui se développent sur des substrats carbonatés ou basiques, généralement squelettiques, formés sur les calcaires secondaires du Jurassique et du Crétacé supérieur. Les hémicryptophytes et les chaméphytes adaptés aux conditions xérophiles y sont dominants, et leur floraison, au printemps et en début d’été, donne alors à ces pelouses un aspect très coloré. Un important cortège d’orchidées est parfois présent, notamment sur les calcaires tendres, conférant alors à cet habitat un caractère prioritaire aux yeux de la directive Habitats. Les plateaux tabulaires, rebords de corniches et pentes raides en exposition sud où se développe cet habitat, entretiennent des conditions de sécheresse estivale prononcée et exercent une forte sélection au profit d’espèces adaptées à ces conditions xérophiles. Sur les calcaires tabulaires durs, ces pelouses s’insèrent fréquemment dans des ensembles pelousaires complexes où elles sont associées aux pelouses pionnières sur dalles rocheuses calcaires (Sedo albi-Scleranthetea biennis, COR 34.11 & 34.12, UE 6110) et aux pelouses thérophytiques (Thero-Brachypodietea, COR 34.51, UE 6220). En fonction des conditions stationnelles, ces pelouses peuvent revêtir un caractère primaire, notamment sur les corniches rocheuses ou les fortes pentes soumises à de fortes contraintes érosives bloquant la dynamique évolutive naturelle de cet habitat. En dehors de ces conditions particulières, il s’agit de pelouses secondaires instables issues de pratiques agropastorales extensives anciennes. En l’absence de pastoralisme, la dynamique évolutive naturelle conduit vers la fermeture progressive du milieu, avec l’apparition d’ourlets puis de fourrés, préludes à l’installation du boisement calcicole (chênaie pubescente, chênaie verte atlantique).
En Poitou-Charentes, la variabilité de cet habitat est importante puisque 6 associations végétales différentes sont présentes :
En Charente, sur les plateaux calcaires tabulaires durs du Turonien, aux environs d’Angoulême, se développe la pelouse xérophile à Crapaudine de Guillon et Koelérie du Valais, représentées ici par une sous-association originale (GLOBULARIETOSUM VALENTINAE), avec Globularia gr. vulgaris (ex Globularia valentina), Sideritis guillonii, Convolvulus cantabricus, Festuca auquieri, Koeleria vallesiana, Thesium divaricatum, Leucanthemum graminifolium, Trinia glauca
Sur les calcaires marneux du sud-est de la Charente, on observe la pelouse xéromarnicole à Stéhéline douteuse et Germandrée petit-chêne, avec là encore une sous-association synendémique de la moitié sud du département (AVENULETOSUM PRATENSIS), avec Staehelina dubia, Avenula pratensis, Astragalus monspessulanus, et un important cortège d’orchidées dont notamment Ophrys lutea.
Sur les corniches rocheuses dominant la Gironde juste au sud de Royan, en Charente Maritime, subsistent la pelouse à Seslérie et Stipe plumeuse avec Stipa pennata, Leucanthemum graminifolium, Sesleria caerulea, Trinia glauca.<br
Dans diverses localités sur calcaires durs entre Saintes et La Rochelle, en Charente-Maritime, on observe la pelouse xérophile à Grande Pâquerette et Fétuque de Leman, avec Festuca lemanii, Festuca timbalii, Bellis pappulosa.
Sur les calcaires bajociens du Thouarsais, en Deux-Sèvres et en bordure de la Vienne, se développe un Xerobromion particulier, dit du « Thouarsais », caractérisé par la présence de Helianthemum salicifolium, Linum strictum, Linum corymbulosum, Crucianella angustifolia.
Sur les craies marneuses du Campanien (Crétacé supérieur) à l’ouest de la Charente et en Charente Maritime, existe la pelouse xérophile à Cupidone bleue et Fétuque marginée avec Catananche caerulea, Astragalus monspessulanus, Dorycnium pentaphyllum, Odontites lutea, Linum strictum, Linum corymbulosum, Aster linosyris, Hyssopus officinalis ssp canescens.
Cette diversité fait des pelouses calcicoles xérophiles du Poitou-Charentes un des habitats les plus riches botaniquement et faunsitiquement du Centre-Ouest, accueillant à la fois des taxons végétaux endémiques et en limite d’aire de répartition, des associations végétales originales et une faune riche et variée (notamment les invertébrés).

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF 2004

Alliance : Xerobromion erecti (Braun-Blanq. & Moor 1938) Moravec 1967
Sous-alliances : Xerobromenion erecti Br.-Bl. & Moor 1938, Seslerio caeruleae-Xerobromenion erecti Oberdorfer 1957
Associations : SIDERITIDO GUILLONII-KOELERIETUM VALLESIANAE, BELLIDI PAPPULOSAE-FESTUCETUM LEMANII, STAEHELINO DUBIAE-TEUCRIETUM CHAMAEDRYOS, CATANANCHO CAERULEAE-FESTUCETUM TIMBALII, pelouse à Seslérie et Stipa pennata, Xerobromenion du Poitou

COR 1991

34.33 Pelouses calcaires subatlantiques très sèches
34.332 Pelouses médio-européennes du Xerobromion
34.332D Xerobromion ligérien
34.332E Xerobromion aquitanien

Directive Habitats 1992 et Cahiers d’habitats

6210 – 26 Pelouses calcicoles xérophiles atlantiques et thermophiles
62-10 – 27 Pelouses calcicoles xéromarnicoles atlantiques et thermophiles
6210- 28 Pelouses calcicoles xérophiles atlantiques, psammophiles et thermophiles
62-10- 32 Pelouses calcicoles xérophiles atlantiques des mésoclimats frais

Confusions possibles

Cet habitat peut être confondu avec les autres pelouses des sols calcaires squelettiques, notamment celles des Thero-Brachypodietea à dominance d’annuelles, et celles de l’Alysso-Sedion albi sur la roche-mère nue, avec lesquelles il est souvent étroitement imbriqué, notamment sur les plateaux calcaires tabulaires durs, formant ainsi une mosaïque complexe.

Dynamique

Formations secondaires issues de déforestations historiques anciennes et de régimes agro-pastoraux (pacage), parfois aussi d’une reconstitution séculaire du tapis végétal après abandon des cultures, les pelouses calcicoles xérophiles évoluent naturellement vers la forêt calcicole, en passant par plusieurs phases dynamiques (pelouses calcicoles mésophiles, ourlets de la forêt calcicole, fourrés puis jeune chênaie pubescente). Cette évolution est généralement lente, en raison de la très faible épaisseur du sol ; certaines pelouses xérophiles peuvent même être considérées comme stables à l’échelle humaine, notamment sur les corniches rocheuses et les fortes pentes où l’érosion empêche l’accumulation d’humus et la densification du tapis végétal. L’action de pacage par les ovins, et dans certains cas la présence de populations importantes de lapins, permet de maintenir un couvert végétal bas et empêche l’apparition d’espèces ligneuses, bloquant ainsi la dynamique évolutive naturelle des pelouses.

Espèces indicatrices

[plante2] *Argyrolobium zanonii, Aster linosyris, *Astragalus monspessulanus, *Bellis pappulosa, *Biscutella guillonii, Carex humilis, Catananche caerulea, *Convolvulus cantabricus, Dorycnium pentaphyllum, Festuca auquieri, Festuca lemanii, Festuca marginata, *Globularia gr. vulgaris, *Helianthemum canum, *Helianthemum salicifolium, Helichrysum stoechas, *Hyssopus officinalis ssp.canescens, Koeleria vallesiana, *Leucanthemum graminifolium, Linum suffruticosum, Odontites lutea , Ononis striata, *Sideritis guillonii, *Staehelina dubia, *Stipa pennata, *Thesium divaricatum, Trinia glauca, *Veronica prostrata
[plante1] *Artemisia alba, Avenula pratensis, Carex halleriana, Coronilla minima, *Crucianella angustifolia, *Epipactis atrorubens, Euphorbia seguieriana, Fumana procumbens, Helianthemum apenninum, Inula montana, *Linum strictum, Linum corymbulosum, *Ononis pusilla, *Ophrys lutea, * Ranunculus gramineus, *Scorzonera hirsuta, Sedum ochroleucum, Sesleria caerulea, Teucrium montanum
[briophytes] Didymodon acutus, Ditrichum flexicaule, Pleurochaete squarrosa
[lepidopteres] Arethusana arethusana, Colias alfacariensis, Cupido minimus, Lysandra bellargus, Lysandra coridon, Maculinea arion, Polyommatus escheri, Pseudophilotes baton , Zygaena fausta, Zygaena loti
[coleopteres] Ascalaphus ssp, Empusa pennata
[orthopteres] Oedipode caerulescens, Oedipode germanica, Omocestus petraeus, Platycleis albopunctata, Sphingonotus caerulescens
[mollusques] Candidula unifasciata, Cernuella virgata, Helicella itala, Monacha cartusiana, Trochoidea elegans, Vallonia excentrica

Valeur biologique

Cet habitat peu fréquent en Poitou-Charentes présente une très forte valeur biologique, due à la présence de nombreuses espèces végétales protégées au niveau régional (Argyrolobium zanonii, Sideritis guillonii, Globularia vulgaris, Hyssopus officinalis ssp.canescens, Leucanthemum graminifolium, Thesium divaricatum, Helianthemum canum, Staehelina dubia, Bellis pappulosa, Astragalus monspessulanus, Ranunculus gramineus, Scorzonera hirsuta) ou inscrites sur les listes rouges nationale et régionale. Parmi ces espèces, beaucoup sont d’affinités méditerranéennes, certaines en limite d’aire de répartition. Les pelouses abritent également de nombreuses espèces animales, notamment des invertébrés.

Menaces

La plupart des pelouses calcicoles de la région sont les témoins d’action anthropiques anciennes, et notamment du pâturage par les ovins des coteaux, et ce depuis des siècles. Depuis le milieu du XXe siècle, cet habitat a connu une régression due à différents facteurs comme l’abandon du pastoralisme, qui conduit peu à peu à des boisements de moindre intérêt biologique, l’enrésinement systématique des coteaux, la mise en culture des secteurs à faible pente, l’exploitation des carrières de calcaire, l’urbanisation… et plus récemment l’engouement pour les véhicules tout-terrain. Ces espaces, généralement considérés comme des « terrains vagues », sont également souvent utilisés comme lieux de dépôts sauvages d’ordures et matériaux divers.

Statut régional

Habitat disséminé : présent surtout en 16 et en 86

Les sites comportant des surfaces significatives de cet habitat ont presque tous été intégrés et décrits dans les inventaires du patrimoine naturel récent (ZNIEFF, Natura 2000) auxquels on se reportera pour plus de détails.

16 : plateaux calcaires autour d’Angoulême, chaumes du Vignac, coteaux de Châteauneuf, chaumes de Soubérac
17 : chaumes de Sèchebec, pointe du Chay, conches de Royan, estuaire de la Gironde
86 : sites dolomitiques de Lussac-les-Châteaux, plateau de Thorus
79 : environs de Thouars, d’Airvault

 

Pelouses calcicoles mésophiles

Rédacteur : Jean-Pierre Sardin

Physionomie – écologie

Les pelouses calcicoles mésophiles sont des formations herbacées basses et denses qui se développent sur des sols carbonatés ou basiques formés sur les calcaires secondaires du Jurassique (au centre de la région) et du Crétacé supérieur (au sud et au nord). Il s’agit de sols de type rendzine (terres de « groies » ou de « champagne »), de sols bruns calciques (sur les pentes du relief) ou de sols particuliers liés à des roches typiques (tuffeau du nord de la Vienne, calcaires marneux du sud Charente, gypse de Cognac…).
Ces sols ont de bonnes capacités de rétention d’eau et limitent les effets de la sécheresse estivale. Outre les sols, les variations du climat, la situation topographique (pentes faibles ou fortes, plateau…) et l’orientation géographique expliquent la grande diversité typologique de ces pelouses, la région comptant au moins 6 associations végétales reconnues.

Les graminées (Brome dressé, Fétuques esp.pl., Brachypode penné….) dominent la physionomie de ces pelouses, qui sont caractérisées par de nombreuses hémicryptophytes et, parfois, de riches populations d’orchidées. Ce dernier caractère particulier permet d’ailleurs de déterminer des « sites d’orchidées remarquables », en fonction du nombre d’espèces, et/ou de la présence d’espèces très rares.
La diversité de ces pelouses est aussi liée à la confluence de deux contingents floristiques qui alimentent le cortège des pelouses calcicoles ouest-européennes : un contingent méridional, à caractère subméditerranéen, marqué en particulier dans le sud de la région (Mesobromion aquitanien de Charente et Charente-maritime), et un contingent steppique oriental à caractère eurosibérien (Mesobromion ligérien du nord de la Vienne par exemple). On pourra ainsi distinguer les pelouses à brome (Bromus erectus) des pelouses à Seslérie (Sesleria caerulea).

L’hétérogénéité de la physionomie de cet habitat est aussi souvent liée (selon les conditions physiques) au glissement localisé du cortège floristique vers des pelouses plus acides (décarbonatation du sol), vers des bas-marais (influence d’une nappe phréatique) ou des pelouses xérophiles (présence d’une dalle rocheuse…).

Mais l’élément essentiel est son caractère secondaire, qui s’inscrit dans un contexte agropastoral plus ou moins extensif. Dans la région, les pelouses mésophiles sont toujours héritées de l’action des animaux herbivores, les espèces domestiques (moutons, chèvres), voire sauvages (lapins, chevreuils), ayant modulé considérablement la structure et la composition des ensembles floristiques.
En raison de tous ces paramètres, ces pelouses ont un caractère instable. En l’absence du pastoralisme, on observe un processus dynamique qui les fait évoluer naturellement vers les végétations à hautes herbes et les fourrés calcicoles, prélude à l’installation pérenne du boisement calcicole. Cet habitat présente donc une forte capacité évolutive, et sa conservation est directement liée à l’action anthropique.

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF 2004

Alliance Mesobromion erecti (Br.-Bl. & Moor 1938) Oberdorfer 1957
Sous-alliances
Mesobromenion erecti Br.-Bl. & Moor 1938
Tetragonolobo maritimi-Mesobromenion erecti Royer 1991
Teucrio montani-Mesobromenion erecti Royer 1991
Seslerio caerulae-Mesobromenion erecti Oberd.1957
Festucenion timbalii Boullet 1986

COR 1991

  • 34.32 Pelouses calcaires subatlantiques semi-arides
  • 34.322 Pelouses semi-sèches médio-européennes à Bromus erectus
    • 34.322G Mesobromion ligérien
    • 34.322H Mesobromion aquitanien
  • 34.323 Faciès à Brachypodium pinnatum du 34.322
  • 34.324 Pelouses alluviales et humides du Mesobromion
  • 34.325 Pelouses semi-sèches médio-européennes dominées par Sesleria caerulea

Directive habitat 1992

6210 Pelouses sèches semi-naturelles et faciès d’embuissonnement sur calcaire prioritaires lorsque les populations d’orchidées sont importantes.

Confusions possibles

Les pelouses calcicoles mésophiles peuvent être avant tout confondues avec les pelouses calcicoles du Xerobromion, souvent imbriquées, avec interpénétration de certaines espèces physionomiques comme le Brome (Bromus erectus), mais qui ont un taux de recouvrement moins important et un cortège d’annuelles plus développé. À un moindre degré, elles peuvent aussi présenter des problèmes d’identification avec les pelouses pionnières à thérophytes, ainsi qu’avec les faciès à Brachypode des ourlets calcicoles du Geranion sanguinei ou du Trifolion medii

Dynamique

Formations secondaires issues de déforestations historiques anciennes et d’un régime anthropozoogène (pacage), parfois aussi d’une reconstitution séculaire du tapis végétal après abandon de cultures, les pelouses calcicoles mésophiles évoluent naturellement vers la forêt calcicole, en passant par plusieurs phases dynamiques : phase de vieillissement avec densification et extension des espèces à forte colonisation végétative comme le Brachypode penné (Brachypodium pinnatum), développement en mosaïque de la flore arbustive du fourré calcicole, puis constitution de jeunes chênaies pubescentes.
En raison du caractère secondaire de cet habitat, on peut observer une dynamique particulière avec l’intensification du pâturage, qui conduit en général à des variantes appauvries.

Espèces indicatrices

[plante2] Anacamptis pyramidalis, Anthericum ramosum, Cirsium acaule, Gymnadenia conopsea, Linum tenuifolium, Ophrys araneola, *Ophrys argensonensis, *Ophrys fuciflora, Ophrys insectifera, *Ophrys santonica, Orchis militaris, Orchis purpurea, Orchis ustulata, Plantago media, Polygala calcarea, Prunella laciniata, Thesium humifusum
[plante1] Aceras anthropophorum, Asperula cynanchica, Aster linosyris, Avenula pratensis, *Biscutella guillonii, Blackstonia perfoliata, Briza media, Brachypodium pinnatum, Bromus erectus, Carduncellus mitissimus, Carex flacca, Carex tomentosa, Carlina vulgaris Catananche caerulea, Carex hallerana, Centaurium erythraea, Cirsium tuberosum, Coronilla minima, Euphorbia brittingeri, Festuca marginata, Festuca lemanii, Globularia punctata, *Globularia vulgaris, Helianthemum apenninum, Hieracium pilosella, Hippocrepis comosa, Koeleria vallesiana, Linum suffruticosum, Ononis repens, *Ophrys gr.fusca, *Ophrys lutea, Ophrys scolopax, Orchis morio, Pimpinella saxifraga, Potentilla neumanniana, Scabiosa columbaria, Sesleria albicans, Teucrium chamaedrys
[briophytes] Entodon concinnus, Scleropodium purum, Thuidium philibertii
[mollusques] Candidula intersecta, Monacha cartusiana
[lepidopteres] Brintesia cirse, Lysandra bellargus, Maculinea arion, Polyommatus bellargus
[coleopteres] Empusa pennata, Libelluloides spp.
[orthopteres] Euchorthippus pulvinatus, Pezotettix giornai

Valeur biologique

Depuis l’abandon des pratiques pastorales favorables, cet habitat – en bon état de conservation – est devenu rare dans la région. Il est souvent appauvri en raison de la dynamique naturelle de fermeture. Moins riche en espèces végétales rares que le Xerobromion, il peut cependant présenter de remarquables cortèges d’orchidées (parfois plus de 25 espèces sur le même site), certaines étant rares dans la région – Orchis singe Orchis simia, Ophrys jaune Ophrys lutea, Ophrys bourdon Ophrys fuciflora – ou à l’échelle nationale : Ophrys miroir Ophrys speculum, Limodore à éperon court Limodorum trabutianum. Il constitue également un biotope pour divers taxons végétaux micro-endémiques comme l’Ophrys d’Argenson Ophrys argensonensis, l’Ophrys de Saintonge Ophrys santonica ou la Biscutelle de Guillon Biscutella guillonii.
En raison de la grande diversité des espèces végétales et de la réduction importante des espaces favorables, cet habitat devient aujourd’hui un élément essentiel pour certaines espèces d’insectes, en particulier les lépidoptères dont les chenilles sont souvent inféodées à des plantes liées à ces pelouses. Un important travail de recherche reste à faire dans ce domaine.

Menaces

Les pelouses calcicoles mésophiles de la région sont les témoins des pratiques agropastorales exercées depuis le Moyen-Age. À partir du milieu du XXe siècle, l’abandon de ces pratiques a provoqué une évolution naturelle lente vers l’ourlet puis le boisement calcicole. Cette évolution devient très marquée aujourd’hui, et s’ajoute à l’enrésinement, à la mise en culture des secteurs à faible pente, à la destruction par exploitation de carrières de calcaire, aux loisirs motorisés. De plus, ces espaces, souvent considérés comme non productifs et inutiles, peuvent être utilisés comme dépôts de déchets. Enfin, à proximité des zones urbanisées, diverses espèces végétales invasives originaires des jardins alentours entrent progressivement en compétition avec les espèces indigènes.

Statut régional

Habitat disséminé, couvrant en général des surfaces moyennes de quelques ares à quelques hectares. Présent surtout en Charente, puis dans un ordre décroissant en Charente-Maritime, dans le nord de la Vienne et le sud des Deux-Sèvres.

Les sites majeurs (surfaces importantes, diversité végétale optimale, riches cortèges d’orchidées…) ont pour la plupart été intégrés dans les inventaires récents du patrimoine naturel (ZNIEFF, NATURA 2000), auxquels on se reportera pour plus de détails.

16 Coteaux de Marsac et des Bouchauds, coteaux du Montmorélien, Chaumes Boissières
17 Coteaux de la Champagne saintongeaise, coteaux de l’estuaire de la Gironde
79 Pelouses de Pamproux-Avon, pelouses de Hanc
86 Pelouses de Lussac-les-Châteaux

 

Végétation des dalles calcaires et pelouses pionnières sur sables calcaires

Rédacteur : David Suarez

Physionomie – écologie

Les pelouses rupicoles calcaires sont des formations végétales pionnières à dominante de vivaces qui se développent sur les corniches et vires rocheuses des bordures de plateaux calcaires durs ainsi que sur les gros blocs rocheux détachés des falaises jonchant certains versants. Sur ces dalles, notamment en exposition sud, les contraintes écologiques sont extrêmes : sols squelettiques, déficit hydrique et ensoleillement important. Les conditions de sécheresse qui en résultent entraînent l’installation d’une flore xérophile très spécialisée qui a développé diverses stratégies d’adaptation telles que la succulence des feuilles, la réduction des surfaces foliaires…
L’abondance des espèces du genre Sedum donne habituellement à l’habitat sa physionomie caractéristique, complétée au printemps par la floraison discrète et fugace de quelques annuelles. Il s’agit de pelouses rases, écorchées et peu recouvrantes, dominées par les thérophytes et les chaméphytes crassulescents, souvent accompagnés par de nombreux lichens. Cet habitat peut présenter un aspect très variable d’une année sur l’autre, en fonction des conditions météorologiques et notamment de la pluviométrie.
Un habitat voisin se rencontre sur sables continentaux peu stabilisés dans le nord de la Vienne (Loudunais) – la pelouse pionnière à Corynéphore blanchâtre – dont la flore constituante emprunte de nombreux éléments à la flore dunaire littorale (Laîche des sables, Corynéphore, Silène conique, Silène à petites fleurs). Elle se développe sur sables verts cénomaniens (les « varennes ») mais aussi sur les groies dolomitiques de la région de Lussac-les-Châteaux.
Dans la région Poitou-Charentes, les surfaces occupées par ces 2 habitats sont très faibles, limitées à quelques m2, sur des rochers dénudés, des dalles affleurantes, en bordure de falaises pour le premier et sur quelques rares dépôts sablo-calcaires affleurants pour le second.
Les espèces végétales qui composent les pelouses rupicoles calcaires se rencontrent également parfois au sommet des vieux murs ou sur les corniches des bâtiments anciens, qui constituent alors des supports de substitution réunissant les conditions écologiques favorables à ces plantes spécialisées.

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF 2004
Classe : Sedo albi – Scleranthetea biennis Br.-Bl 1955
Ordre : Alysso alyssoidis – Sedetalia albi Moravec 1967
Alliance : Alysso alyssoidis – Sedion albi Oberdorfer & Müller 1961

Classe : Koelerio glaucae – Corynephoretea canescentis Klika & V. Novak 1941
Ordre : Corynephoretalia canescentis Klika 1934
Alliances : Sileno conicae – Cerastion semidecandri Korneck 1974

COR 1991

  • 34.11 Pelouses médio-européennes sur débris rocheux calcaires
    • 34.111 Pelouses à Sedum sp
    • 34.114 Communautés thérophytiques médio-européennes
  • 34.12 Pelouses des sables calcaires
  • 62.3 Dalles rocheuses

Directive Habitats 1992 et Cahiers d’habitats

6110*- 1 Pelouses pionnières des dalles calcaires planitiaires et collinéennes
61 20*-1 Pelouses pionnières à post-pionnières sur sable silico-calcaires plus ou moins stabilisés

Confusions possibles

Les pelouses rupicoles peuvent être confondues avec les pelouses thérophytiques (Thero-Brachypodion), dominées par les annuelles et les pelouses calcicoles xérophiles (Xerobromion erecti) composées principalement de vivaces. La distinction de ces 3 groupements est parfois difficile, car ils sont le plus souvent présents ensemble dans les mêmes stations et imbriqués étroitement.
Les pelouses pionnières sur sables présentent de fortes affinités avec les pelouses rupicoles vers lesquelles elles peuvent d’ailleurs évoluer en cas de piétinement excessif (stabilisation du substrat). La nature de la roche-mère et l’analyse de la flore suffisent en principe toutefois à les distinguer. On notera qu’un habitat équivalent se développe sur les dalles siliceuses, appartenant à l’association du Sedo albi-Veronicion dillenii. Malgré une morphologie assez proche, la nature très différente de la roche permet de les distinguer assez facilement.

Dynamique

Les pelouses rupicoles constituent la première phase de végétalisation de la roche calcaire nue. Lorsque le sol s’épaissit, on observe l’apparition des pelouses thérophytiques, puis celle des pelouses calcicoles xérophiles.
Les pelouses rupicoles peuvent être considérées comme relativement stables, notamment au niveau des stations situées en bordure de falaise ou sur les rochers, où l’érosion naturelle due aux précipitations et aux vents ne permet pas l’accumulation d’humus et l’installation des vivaces présageant l’apparition des pelouses calcicoles xérophiles.
Le passage répété d’engins, le surpiétinement, le pâturage intensif par des ovins ou des lapins des pelouses calcicoles xérophiles peuvent permettre, en mettant les sols à nu, le maintien ou l’extension de cet habitat, alors souvent associé aux pelouses thérophytiques. Le décapage du sol ou la mise à nu de la roche-mère calcaire, lors de la création de carrières notamment, peut également être favorable au développement de cet habitat.
Malgré l’extrême aridité de leur substrat, les pelouses pionnières sur sables sont plus exposées que les précédentes à une dynamique progressive de densification – implantation des graminées cespiteuses, apparition d’essences ligneuses nomades – en cas d’arrêt des facteurs de blocage (pâturage) ou de rajeunissement (grattis par les lapins).

Espèces indicatrices

[plante2] Allium sphaerocephalon, Carex arenaria, Cerastium pumilum, Cerastium semidecandrum, Corynephorus canescens, *Hornungia petraea, Medicago minima, Micropyrum tenellum, Minuartia hybrida, Petrorhagia prolifera, Poa bulbosa, Potentilla neumanniana, Saxifraga tridactylites, Scilla autumnalis, Sedum acre, Sedum album, Sedum ochroleucum, *Sedum rubens, Silene conica, *Silene otites, Thymus praecox, Trifolium scabrum
[plante1] Arenaria leptoclados, Catapodium rigidum, Erodium cicutarium, Erophila verna, Hypochoeris glabra, *Melica ciliata, Mibora minima, Sedum reflexum, Stachys recta, Teucrium chamaedrys
[briophytes] Bryum caespiticium, Hypnum cupressiforme, Pleurochaete squarrosa, Tortula ruraliformis
[lichens] Aspicilia calcarea, Cladonia furcata, Cladonia pyxidata, Cladonia rangiformis, Collema cristatum, Collema tenax, Peltigera rufescens, Verrucaria nigrescens
[lepidopteres] Chazara briseis
[orthopteres] Calliptamus italicus, Myrmeleotettix maculatus, Oedipoda caerulescens
[mollusques] Abida secale, Chondrula tridens, Granopupa granum, Jaminia quadridens, Pupilla bigranata, Pyramidula pusilla, Truncatellina callicratis, Truncatellina claustralis

Valeur biologique

La valeur biologique importante de ces 2 habitats en Poitou-Charentes est due à leur rareté intrinsèque et à leur faible superficie. D’un point de vue floristique, les pelouses rupicoles sont moins riches en plantes patrimoniales que les pelouses vivaces denses qu’elles jouxtent généralement. Néanmoins, la Mélique ciliée Melica ciliata, l’Orpin rouge Sedum rubens et l’Hutchinsie des pierres Hornungia petraea, espèces inscrites sur la liste rouge régionale, leur sont inféodées. En revanche, les pelouses pionnières sur sables présentent un intérêt floristique considérable comme uniques localités non littorales d’espèces typiques de la flore dunaire : Corynephorus canescens, Silene conica, Silene otites, Armeria arenaria, Carex arenaria

Menaces

Les pelouses rupicoles, toujours très morcelées, se maintiennent assez bien en bordure de falaises ou sur les rochers. Dans le cas où elles sont imbriquées dans d’autres types de pelouses au sein d’ensembles pâturés, elles tendent à disparaître avec l’abandon du pâturage. La plus grande menace pour ce groupement reste aujourd’hui la surfréquentation de certaines zones pour les loisirs : véhicules tout-terrain, escalade, pique-nique, etc. Paradoxalement, ces pratiques, lorsqu’elles ne sont pas trop intensives, permettent de maintenir l’ouverture du milieu et favorisent cet habitat.
Quant aux pelouses pionnières sur sables, leur principale menace tient à l’ouverture de carrières exploitant les sables calcaires. La reconversion de celles-ci en dépôts d’ordures sauvages ou en zones de loisirs (étangs d’agrément, circuits pour motos tout-terrain) représente également un avatar fréquent. La fermeture du tapis végétal est par ailleurs un facteur d’appauvrissement marqué de ces habitats dont la végétation optimale doit présenter un recouvrement faible pour permettre la survie de nombreuses espèces naines (mousses, lichens, thérophytes).

Statut régional

Habitat très disséminé : les pelouses rupicoles ont leur fréquence maximale en 16 où les biotopes rocheux calcaires sont assez répandus et, à un moindre degré, en 86. Les pelouses pionnières sur sables sont essentiellement connues de 86 (Loudunais et région de Lussac-les Châteaux)

16 : plateaux calcaires d’Angoulême, chaumes du Vignac, coteaux de Châteauneuf
17 : chaumes de Sèchebec, chaumes de St Porchaire
86 : pelouses dolomitiques des environs de Lussac, pelouses sur « varennes » du Loudunais et du Châtellerauldais

 

Végétation des dalles siliceuses

Rédacteur : David Suarez

Physionomie-écologie

Les pelouses rupicoles siliceuses sont des formations végétales pionnières à dominante de vivaces qui se développent sur les corniches et vires rocheuses des bordures de falaises siliceuses, ainsi que sur les gros blocs rocheux détachés de celles-ci ou mis à nu par l’érosion. Sur ces roches, notamment en exposition sud, les contraintes écologiques sont extrêmes : sols squelettiques, déficit hydrique et ensoleillement important. Les conditions de sécheresse qui en résultent entraînent l’installation d’une flore xérophile très spécialisée qui a développé diverses stratégies d’adaptation telles que la succulence des feuilles, la réduction des surfaces foliaires…

L’abondance des espèces du genre Sedum donne habituellement à l’habitat sa physionomie caractéristique, complétée au printemps et parfois à l’automne par la floraison discrète et fugace de quelques annuelles. Il s’agit de pelouses très rases, écorchées et peu recouvrantes, dominées par les thérophytes et les chaméphytes crassulescents, accompagnés par de nombreux lichens. Cet habitat peut présenter un aspect très variable d’une année sur l’autre, en fonction des conditions météorologiques et, notamment, de la pluviométrie, qui influe directement sur l’abondance, voire l’absence des annuelles.

Dans la région Poitou-Charentes, les surfaces occupées par cet habitat sont très faibles, le plus souvent limitées à quelques m2, sur des rochers granitiques ou schisteux dénudés, des dalles affleurantes, en bordure de falaises naturelles ou artificielles (carrières) ou sur celles-ci, à la faveur de légers replats. On notera que les secteurs à roche-mère cristalline sont très localisés dans la région : Charente limousine (16), région de Lathus (86) et Gâtine armoricaine (79).

Certaines des espèces végétales qui composent les pelouses rupicoles siliceuses se rencontrent également parfois au sommet des vieux murs ou sur les corniches des bâtiments anciens, qui constituent alors des supports de substitution réunissant les conditions écologiques favorables à ces plantes spécialisées.

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF 2004

  • Sedo albi – Scleranthetea biennis Br.-Bl 1955
    • Sedo albi – Scleranthetalia biennis Br.-Bl 1955 : communautés silicicoles
      • Sedo albi – Veronicion dillenii Oberdorfer ex Korneck 1974 : communautés subatlantiques à médio-européennes

COR 1991

  • 34.11 Pelouses médio-européennes sur débris rocheux siliceux
    • 34.111 Pelouses à Sedum sp
    • 34.114 Communautés thérophytiques médio-européennes
  • 62.3 Dalles rocheuses

Directive Habitats 1992 et Cahiers d’habitats

  • 8230 Pentes rocheuses avec végétation chasmophytique
    • 8230-4 Pelouses pionnières continentales et subatlantiques acidiclines des dalles siliceuses sèches et chaudes

Confusions possibles

Les pelouses rupicoles siliceuses peuvent être confondues avec les pelouses thérophytiques (Thero-Airion), dominées par les annuelles, et les pelouses calcifuges (Nardetalia strictae) composées principalement de vivaces. La distinction de ces 3 groupements est parfois difficile, car ils sont le plus souvent présents ensemble dans les mêmes stations et imbriqués étroitement. De même, sur certains rochers, on peut observer une juxtaposition entre les pelouses rupicoles et la végétation des parois siliceuses (Asplenio billotii-Umbilicion rupestris), où alternent des orpins (Sedum ssp) sur les rebords horizontaux et des fougères dans les fissures et zones verticales. On peut également observer une végétation similaire sur les sommets de vieux murs dont les pierres sont issues de roches cristallines : le cortège végétal y est alors appauvri, accompagné d’espèces exogènes échappées des rocailles de jardin. Il s’agit d’un habitat différent, appartenant au Centrantho-Parietarion.

On notera qu’un biotope équivalent se développe sur les dalles calcaires, appartenant à l’association de l’Alysso-Sedion albi. Malgré une morphologie assez proche, la nature très différente de la roche permet de les distinguer assez facilement.

Dynamique

Les pelouses rupicoles constituent la première phase de végétalisation de la roche siliceuse nue. Lorsque le sol s’épaissit, on observe l’apparition des pelouses à annuelles (Thero-Airion), puis celle des pelouses calcifuges à dominante de vivaces (Nardetalia strictae) et enfin une lande sèche s’installe (Ulicenion minoris).

Les pelouses rupicoles peuvent être considérées comme relativement stables, notamment au niveau des stations situées en bordure de falaise ou sur les rochers, où l’érosion naturelle due aux précipitations et aux vents ne permet pas l’accumulation d’humus et l’installation des vivaces préparant l’apparition des pelouses calcifuges.

Le passage répété d’engins, le surpiétinement, le pâturage intensif par des ovins, bovins ou des lapins des pelouses calcifuges peuvent permettre, en mettant les sols à nu, le maintien ou l’extension de cet habitat, alors souvent associé aux pelouses thérophytiques. Le décapage du sol ou la mise à nu de la roche-mère, lors de la création de carrières notamment, peut également être favorable à son développement.

Espèces indicatrices

[plante2] *Allium schoenoprasum, *Ceratocapnos claviculata, *Gagea bohemica, *Hypericum linariifolium, Micropyrum tenellum, *Plantago subulata, Poa bulbosa, Ranunculus paludosus, Rumex acetosella, Saxifraga tridactylites, Scilla autumnalis, *Scleranthus perennis, Sedum album, *Sedum andegavense, *Sedum forsterianum, Sedum rupestre, *Sedum rubens, *Silene vulgaris ssp bastardii, *Teesdalia coronopifolia, Teesdalia nudicaulis, Thymus praecox
[plante1] Acinos arvensis, Aira caryophyllea, Aira praecox, Allium sphaerocephalon, Andryala integrifolia, Arabidopsis thaliana, Arenaria leptoclados, *Arnoseris minima, *Bupleurum gerardi, Cerastium pumilum, Coincya cheiranthos, Digitalis purpurea, Draba muralis, Erodium cicutarium, Erophila verna, *Galium saxatile, *Halimium umbellatum, Hieracium gr pilosella, Jasione montana, *Linaria pelisseriana, Linaria repens, *Linum trigynum, Logfia gallica, Logfia minima, Mibora verna, Minuartia hybrida, *Moenchia erecta, Petrorhagia prolifera, Potentilla argentea, Potentilla tabernaemontani, Sedum acre, Seseli montanum, *Spergula morisonii, *Spergula pentandra, Stachys recta, Trifolium arvense, Trifolium glomeratum, Veronica arvensis, Vicia lathyroides
[briophytes] Bryum alpinum, Grimmia decipiens, Grimmia laevigata, Philonotis fontana, Racomitrium lanuginosum Riccia ciliifera, Riccia beyrichiana, Targionia hypophylla
[lichens] Cladonia furcata, C.portentosa, C.pyxidata, C.ramulosa, C.gr.coccifera, C.uncialis, Peltigera canina, P.membranacea, P.praetextata, P.rufescens
[reptiles] Podarcis muralis
[amphibiens] Alytes obstetricans
[orthopteres] Aiolopus thalassinus, Calliptamus italicus, Oedipoda caerulescens

Valeur biologique

La valeur biologique importante de cet habitat en Poitou-Charentes est due à sa rareté et sa faible superficie, ainsi qu’à la présence de nombreuses espèces végétales patrimoniales, protégées au niveau national comme la Gagée de bohème Gagea bohemica et l’Orpin d’Angers Sedum andegavense, régional comme le Millepertuis à feuilles de linaire Hypericum linariifolium et le Silène de Bastard Silene vulgaris ssp bastardii, ou inscrites sur les listes rouges nationales et régionales. De plus, ces milieux rocheux constituent un habitat de prédilection pour les reptiles et de nombreux invertébrés.

Menaces

Les pelouses rupicoles, toujours très morcelées, se maintiennent assez bien en bordure de falaises ou sur les rochers. Dans le cas où elles sont imbriquées dans d’autres types de pelouses au sein d’ensembles pâturés, elles tendent à disparaître avec l’abandon du pâturage. La plus grande menace pour cet habitat reste aujourd’hui la surfréquentation de certaines zones pour les loisirs : véhicules tout-terrain, escalade, pique-nique, etc. Paradoxalement, ces pratiques, lorsqu’elles ne sont pas trop intensives, permettent de maintenir l’ouverture du milieu et favorisent cet habitat.

La fermeture du tapis végétal est par ailleurs un facteur d’appauvrissement marqué de ces habitats dont la végétation optimale doit présenter un recouvrement faible pour permettre la survie de nombreuses espèces naines (mousses, lichens, thérophytes).

La Gagée de Bohême Gagea bohemica et l’Orpin d’Angers Sedum andegavense sont 2 espèces très rares (protégées au niveau national), caractéristiques de l’habitat. Leur seul centre de dispersion dans la région Poitou-Charentes se situe autour d’Argenton-Château et de Thouars, dans la partie armoricaine des Deux-Sèvres.

Statut régional

Habitats très disséminé : les affleurements de roches cristallines sont rares en Poitou-Charentes, et les surfaces concernées par cet habitat sont très faibles

16 : vallée de la Tardoire, vallée de l’Issoire

17 : absent

79 : Gâtine, environs de Thouars et d’Argenton le Château

86 : environs de Ligugé, vallée de la Gartempe

 

Gazon de petites annuelles sur sol salé

Rédacteur : Jean Terrisse

Physionomie – écologie

En Poitou-Charentes, l’habitat occupe un certain nombre de biotopes humides temporaires caractéristiques de la frange arrière-littorale (jamais à plus de 5km de la mer) des côtes basses à sédimentation estuarienne : pourtour des mares abreuvoirs au sein des complexes de prairies saumâtres, pas inter-parcellaires piétinés et défoncés par le bétail, « jas » (anciennes salines isolées de l’eau marine par la poldérisation), dépressions, mares cynégétiques (gérées avec un assec estival), fossés à niveau d’eau variable, chemins du marais (non empierrés ni stabilisés par des matériaux exogènes) etc. Dans tous les cas, le substrat est argileux, à structure fondue, souvent compacté par le bétail, bien pourvu en calcaire et présente une chlorosité résiduelle (anciennes alluvions fluvio-marines déposées lors de la transgression flandrienne). Le milieu est inondé du milieu de l’automne à la fin du printemps, soit environ 7-8 mois, sous une fine couche d’eau d’origine météorique ou provenant du réseau syndical de fossés drainant le marais. L’exondation intervient courant juin et l’habitat connaît son optimal phénologique en juillet-août. L’habitat est structuré par une végétation rase, paucispécifique (6.3 espèces en moyenne sur 18 relevés effectués en 17) et peu recouvrante (recouvrement de 20 à 80% mais le plus souvent situé entre 20 et 40%. Les thérophytes représentent en général plus de la moitié du cortège et nombre d’entre eux possèdent des adaptations aux conditions stationnelles drastiques (succession de phases inondée/sèche, piétinement, sol salé peu évolué) : appareil végétatif prostré (Crypsis) ou très plastique morphologiquement (Atriplex). Le pâturage est un autre facteur essentiel car il bloque le développement des vivaces et permet le maintien de zones de sol nu où l’habitat se développe. Les Crypsis y sont remarquablement adaptés puisque leurs tiges rampant sur le sol se cassent très aisément et les « têtes florales » sont emportées entières par le bétail qui disperse ainsi l’espèce dans d’autres sites favorables. Sur le littoral de la Charente-maritime, la variabilité de l’habitat s’organise selon un gradient de salinité : le faciès méso-halin est caractérisé par divers halophytes tels que le Jonc de Gérard Juncus gerardii ou la Salicorne rameuse Salicornia ramosissima, alors que le pôle oligo-halin voit le Scirpe des marais Eleocharis palustris et l’Agrostide stolonifère Agrostis stolonifera prendre de l’importance. Les autres faciès de l’habitat, de nature physionomique, dépendent surtout des végétations en mosaïque avec le gazon à Crypsis : scirpaie maritime, scirpaie lacustre…

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF 2004

Alliance Heleochloion schoenoidis Br.-Bl. 1956

Communautés eutrophiques halonitrophiles d’affinités subméditerranéennes

COR 1991

22.34 Gazons amphibies méridionaux

22.343 Gazons méditerranéens amphibies halo-nitrophiles

Directive Habitats 1992 et Cahiers d’habitats

3170 Mares temporaires méditerranéennes

3170-3 Gazons méditerranéens amphibies halo-nitrophiles

Confusions possibles

Par son écologie et les biotopes très spécifiques qu’il occupe, l’habitat ne peut guère être confondu. Contrairement à la région méditerranéenne où l’habitat se décline en plusieurs habitats élémentaires, ses occurrences centre-atlantiques sont beaucoup moins variées. Néanmoins les situations mixtes sont nombreuses où le gazon à Crypsis forme une mosaïque ouverte avec la scirpaie maritime. De même, en cas de dérive nitrophile, des situations intermédiaires, avec des cortèges hybrides, peuvent se présenter entre le gazon eutrophe à Crypsis et la communauté nitrophile à Chénopode à feuilles grasses qui occupe des biotopes similaires mais dans des conditions de trophie distinctes.

Dynamique

Sous climat thermo-atlantique, le gazon à Crypsis connaît un équilibre dynamique fragile. L’intensité de la pluviométrie et la durée d’ensoleillement règlent la durée et les dates de la période d’exondation au cours de laquelle l’habitat se développe. En régle générale, le gazon à Crypsis succède dans le temps à des communautés aquatiques à callitriches (C.brutia, C.truncata, surtout) et renoncules du sous-genre Batrachium (R.baudotii, R.gr.trichophyllus) qu’il remplace après exondation du substrat. En cas d’assec trop tardif ou absent, le gazon ne s’exprime pas et risque d’être supplanté lors des années suivantes par les hélophytes. De même, la régression ou la disparition du pâturage, favorisent le développement des espèces vivaces très concurrentielles. Certains phénomènes climatiques exceptionnels, comme l’ouragan « Martin » de décembre 1999 qui a provoqué une submersion prolongée de la bande littorale par les eaux marines, semblent très favorables à l’habitat par l’apport massif de sel dans le substrat qui semble stimuler la germination du Crypsis.

Espèces indicatrices

[plante2] Atriplex prostrata, *Chenopodium chenopodioides, *Crypsis aculeata, *Crypsis schoenoides
[plante1] Agrostis stolonifera, Alopecurus bulbosus, *Centaurium spicatum, Centaurium tenuiflorum, Coronopus squamatus, Eleocharis palustris, Hordeum marinum, Juncus gerardii, Polygonum aviculare, Polypogon monspeliensis, Salicornia ramosissima, Scirpus maritimus, Spergularia salina

Valeur biologique

L’habitat constitue le milieu exclusif pour 2 Poacées du genre Crypsis, toutes les 2 inscrites au Livre Rouge de la Flore Menacée de France : le Crypsis piquant Crypsis aculeata, connu aujourd’hui encore de 4 des 5 grands marais arrière-littoraux de Charente-maritime (curieusement, la plante n’est pas connue des marais de Seudre où, pourtant, les biotopes favorables ne manquent pas), parfois en populations importantes (plusieurs milliers de pieds), notamment dans certains espaces protégés bénéficiant d’une gestion favorable (RN du Marais d’Yves, RN des marais de Moëze). Le Crypsis faux-choin Crypsis schoenoides, à l’inverse, connu jusque durant les années 1970 du marais de Rochefort et des marais de l’estuaire Gironde n’a pas été revu depuis près de 30 ans et est considéré comme disparu. Le reste du cortège végétal, qui emprunte ses éléments aux végétations en contact spatial – prairies subhalophiles thermo-atlantiques – ou liées dynamiquement – roselière oligo-haline à Scirpus maritimus, parvo-roselière à Eleocharis palustris – n’abrite en revanche que des espèces communes.

Menaces

Sur la façade atlantique, cet habitat très ponctuel est lié à des conditions hydriques et des modalités agro-pastorales bien précises dont l’altération signifie souvent sa disparition pure et simple. L’abandon du pâturage des prairies arrière-littorales induit une fermeture du tapis végétal et une disparition des zones de sol nu, notamment au niveau des anciennes mares-abreuvoirs qui constituent le biotope électif de l’habitat. En cas d’hygrophilisation (niveaux d’eau plus élevés et/ou plus prolongés), l’habitat est progressivement envahi par des hélophytes coloniaux – Scirpe maritime et Scirpe des marais, surtout – qui vont à terme détruire les gazons à Crypsis par réduction de l’éclairement et accumulation de litière organique sur le sol où les Crypsis ne peuvent plus germer. Le gazon eutrophe à Crypsis aculeata est alors remplacé par une communauté plus franchement nitrophile où l’Arroche prostrée est associée au Chénopode à feuilles grasses Chenopodium chenopodioides, très compétitif et très recouvrant. Par sa situation propé-littorale, l’habitat est par ailleurs exposé aux menaces propres à cette tranche convoitée de territoire : spéculations foncières, changements d’affectation, urbanisation…

Statut régional

Habitat présent uniquement sur la frange arrière-littorale de 17 et le long de l’estuaire de la Gironde, où il reste partout ponctuel et extrêmement localisé.

Tous les sites abritant l’habitat sont intégrés et décrits dans les inventaires du patrimoine naturel récents (ZNIEFF, NATURA 2000) auxquels on se reportera pour plus de détails.

17 : Réserve Naturelle du Marais d’Yves, Réserve Naturelle des Marais de Moëze, marais de Rochefort, prairies de l’estuaire Charente.

Deux situations typiques de l’habitat

 

Végétation de grandes annuelles nitrophiles

Rédacteur : Jean Terrisse

Physionomie – écologie

L’habitat est susceptible d’occuper 3 types de milieux différents : les berges des rivières à courant lent, les rives de pièces d’eau à niveau variable (mares, étangs), ces 2 cas correspondant à des situations primaires, et certains sites sureutrophisés tels que les abords d’abreuvoirs, les zones d’épandage de lisiers ou de boues de stations d’épuration (situations secondaires). Dans tous les cas, le substrat présente une forte humidité saisonnière favorisée par les fluctuations du niveau de l’eau, une grande richesse en azote, phosphates et potassium et une couverture végétale vivace nulle ou très faible (favorisée en bordure des rivières par les crues régulières). L’habitat possède un caractère pionnier et instable manifeste, largement dépendant de la dynamique hydraulique (date et durée de l’étiage, intensité des crues).

La végétation est structurée par de grandes espèces annuelles appartenant surtout aux familles des Polygonacées (genre Polygonum, surtout, avec 6 espèces, genre Rumex), des Astéracées (genre Bidens avec 2 espèces spontanées et 1 adventice américaine) et des Chénopodiacées (genre Chenopodium). Plusieurs de ces espèces possèdent des semences pouvant rester dormantes dans le substrat durant de longues années, attendant des conditions favorables pour germer (plantes à éclipses). La phénologie est tardi-estivale à automnale, au moment de l’étiage, la végétation se développant alors très rapidement sous l’effet de la chaleur sur un substrat nu, encore humide et très riche en azote.

Comme ailleurs en France, la variabilité régionale de l’habitat est surtout sous la dépendance des conditions hydrologiques et de la granulométrie du substrat, la richesse en nutriments intervenant plus dans l’abondance de la biomasse que dans la différenciation des faciès. La typologie phytosociologique est mal connue en Poitou-Charentes mais plusieurs associations répandues dans une grande partie des plaines tempérées françaises sont manifestement présentes. Certains types méritent une mention particulière en raison d’une écologie plus spécifique : c’est le cas de la communauté à Arroche prostrée et Chénopode à feuilles grasses (Atriplici-Chenopodietum chenopodioidis) qui colonise les vases organiques légèrement salées des polders littoraux ; ou encore du Chenopodion rubri propre aux rives de la Loire (et entièrement dépendant du régime hydrologique de ce fleuve) qui pénètre dans l’extrême nord de la région en s’avançant le long de certains affluents majeurs tels que la Vienne.

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF 2004

Alliance Bidention tripartitae Tüxen, Lohmeyer Preising 1950

Communautés des sols limoneux et argileux

Alliance Chenopodion rubri (Poli et J.Tüxen 1960) Kopecky 1969 Lohmeyer Preising 1950

Communautés des sols sableux à graveleux

COR 1991

22.33 Groupements à Bidens tripartitus (eaux dormantes)

24.52 Groupements euro-sibériens annuels de vases fluviatiles

Directive Habitats 1992 et Cahiers d’habitats

3170 Rivières avec berges vaseuses avec végétation du Chenopodion rubri p.p. et du Bidention p.p.

3170-1 Bidention des rivières et Chenopodion rubri (hors Loire)

3170-2 Chenopodion rubri du lit de la Loire

Confusions possibles

Des confusions restent possibles avec les formes eutrophisées des gazons amphibies des grèves lorsque ceux-ci s’enrichissent en espèces nitrophiles. Ces derniers présentent toutefois en principe une structure beaucoup plus basse. En situations secondaires, on remarquera que l’habitat possède de nombreuses espèces en commun avec la végétation adventice des cultures sur sol argilo-calcaire humide.

Dynamique

Par son caractère pionnier et annuel, cet habitat est très sensible à la concurrence des végétaux vivaces structurant les habitats situés souvent immédiatement en contact : roselières, magnocariçaies, mégaphorbiaies, saulaies arbustives. Toute modification des conditions hydrologiques risque alors de faire pencher la balance en faveur de ces dernières. Dans les situations en bordure des rivières, seules les crues régulières sont à même de bloquer cette implantation des vivaces et de dégager des espaces favorables à l’habitat.

Espèces indicatrices

[plante2] Alopecurus aequalis, *Bidens cernua, (Bidens frondosa), Bidens tripartita, Brassica nigra, Chenopodium chenopodioides, *Chenopodium glaucum, *Crypsis alopecuroides, Cuscuta australis var.bidentis, Leersia oryzoides, Polygonum hydropiper, Polygonum lapathifolium, Polygonum minus, Polygonum mite, Ranunculus sceleratus, *Rumex palustris
[plante1] Atriplex patula, Atriplex prostrata, Chenopodium polyspermum, *Corrigiola littoralis, Echinochloa crus-galli, *Erysimum cheiranthoides, Polygonum persicaria, Potentilla anserina, *Pulicaria vulgaris, Rorippa amphibia, Rorippa sylvestris, Veronica catenata
[briophytes] Amblystegium riparium, Aphanoregma patens, Bryum pseudotriquetrum, Calliergonella cuspidata, Drepanocladus aduncus, Drepanocladus lycopodioides, Micromitrium tenerum, Physcomitrium eurystomum, Physcomitrium sphaericum, Riccia canaliculata, Riccia cavernosa, Riccia huebeneriana
[champignons] Agrocybe aegerita, Bolbitius vitellinus, Coprinus atramentarius, Crepidotus crocophyllus, Galerina marginata, Hypholoma ericaceoides, Lentinus tigrinus, Lepista sordida, Melanoleuca brevipes, M. polioleuca, Mitrophora semilibera, Panaeolus foenisecii, P. papilionaceus, P. sphinctrinus, Psathyrella candolleana, P. lacrymabunda, Sarcoscypha coccinea, Verpa digitaliformis

Valeur biologique

Sur le plan floristique, l’habitat est dominé avant tout par des espèces euro sibériennes à vaste répartition et communes au niveau régional. Quelques espèces rares ou très rares s’y localisent cependant comme la Pulicaire vulgaire Pulicaria vulgaris, considérée comme commune autrefois mais en très forte régression de nos jours ou le Crypsis faux-vulpin Crypsis alopecuroides dont moins de 5 stations sont connues aujourd’hui en Poitou-Charentes. Le Vélar fausse-giroflée Erysimum cheiranthoides apparaît quant à lui comme bien implanté encore, notamment dans la moyenne vallée de la Charente et la basse vallée de la Boutonne.

Menaces

En bordure de rivières comme sur les rives d’étangs, la menace principale consiste dans la régularisation artificielle du niveau de l’eau. Ce maintien du fonctionnement naturel de l’hydrosystème vient souvent s’opposer à diverses fonctions récentes jouées par les milieux aquatiques (étangs d’agrément, barrages, endiguements, circulation fluviale..). Cette réduction des variations hydriques a entraîné une forte régression des surfaces occupées par l’habitat en Poitou-Charentes comme partout en Europe de l’Ouest, ainsi qu’un appauvrissement des communautés dont beaucoup sont aujourd’hui réduites à un linéaire de quelques espèces banales. L’invasion de l’habitat par des pestes végétales constitue une autre menace, plus récente, mais dont l’impact a crû fortement durant les 2 dernières décennies : la faible concurrence, la grande richesse trophique et la bonne alimentation en eau régnant dans ces biotopes en font des lieux privilégiés d’implantation de xénophytes dont les plus agressives dans la région sont les jussies (Ludwigia peploides et L.grandiflora), le Myriophylle du Brésil Myriophyllum brasiliense ou le Galinsoga velu Galinsoga ciliata (vallée de la Vienne, surtout).

Statut régional

Habitat présent dans toute la région, surtout le long des grandes rivières – Charente, Boutonne, Vienne, Gartempe, Creuse, Clain – ainsi qu’en bordure de nombreux étangs.

16 : vallée de la Charente, étang du Confolentais

17 : moyenne vallée de la Charente, entre Cognac et St Savinien, valllée de la Boutonne

86 : basse vallée de la Vienne, au nord de Dangé ; vallée de la Creuse jusqu’au confluent avec la Vienne

79 : étangs de l’Argentonnais

 

Gazons de petites annuelles éphémères

Rédacteur : Jean Terrisse

Physionomie – écologie

Les gazons de petites annuelles éphémères se rencontrent typiquement en bordure de différents types de plans d’eau peu profonds (lacs, étangs, mares, fossés), sur des substrats très variables, mais en général plutôt oligotrophes, grossiers (sables) ou fins (limons), acides ou neutres. Certains faciès se développent également sur les chemins forestiers plus ou moins inondables ou sur des coupe-feux humides traversant des landes calcifuges, plus rarement en bordure de dépressions arrière-dunaires ou au sein de prairies saumâtres. Dans tous les cas, le niveau de l’eau connaît des variations saisonnières permettant d’opposer une phase inondée de l’habitat et une phase exondée. L’éclairement doit être maximal dans la plupart des situations et le développement d’une végétation arborée entraîne une régression marquée des espèces caractéristiques. L’habitat supporte bien en général le piétinement, notamment dans les conditions eutrophes où la végétation vivace a tendance à concurrencer fortement les annuelles. Dans de nombreux cas, l’habitat ne peut même se maintenir qu’à la faveur d’actions anthropiquestelles que la création d’ornières par le passage d’engins lourds. Tout en étant indispensables à l’habitat, les fluctuations du niveau de l’eau selon les années en fonction de la pluviométrie sont responsables par ailleurs de sa grande variabilité au fil des années et expliquent sa forte sensibilité à toute artificialisation d’origine humaine.

Avec une douzaine d’associations végétales distinctes recensées, recouvrant 5 alliances, l’habitat est remarquablement diversifié au sein de la région. Cette différenciation tient à l’intrication de 4 gradients dont les différentes combinaisons permettent l’expression de communautés hautement distinctes : un gradient géographique opposant les communautés à affinités atlantiques aux continentales (ces dernières très localisées sur la marge orientale de la Vienne et de la Charente), un gradient trophique opposant les situations méso- à eutrophes aux situations oligotrophes, un gradient topographique opposant les faciès de bas-niveau (donc longuement inondables) aux faciès de niveaux moyen à supérieur (précocement exondés) et un gradient édaphique opposant les communautés acidiphiles (les plus nombreuses) aux communautés basophiles.

L’habitat se présente comme un fin gazon de plantes annuelles naines dominé par des Joncacées et des Cypéracées, formant des taches de quelques dm² à quelques m² disposées tantôt en mosaïque avec des végétations vivaces hygrophiles, tantôt en situation pionnière sur le sol nu. Le recouvrement est toujours faible et le substrat en général visible entre les thérophytes. La stratification est nulle ou peu apparente du fait de la faible taille des végétaux structurants. La phénologie est tardive (estivale à pré-automnale), surtout pour les faciès de l’habitat liés aux bas niveaux topographiques où la végétation doit attendre l’exondation du milieu pour se développer. La floraison de nombreuses espèces est souvent discrète (faible taille), fugace (quelques semaines seulement peuvent s’écouler entre germination et fructification) et connaît de fortes variations inter annuelles liées aux fluctuations des conditions hydriques.

Phytosociologie et correspondances typologiques

PVF 2004

Alliance Cicendion filiformis (Rivas Goday) Br.-Bl.1967
Thermo-atlantique, oligotrophe, niveau topographique moyen à supérieur
Alliance Heleochloion schoenoidis (Rivas Goday) Br.-Bl.1956
Méditerranéo-atlantique, eutrophe, bas niveau topographique
Alliance Elatino-Eleocharition ovatae Pietsch 1969

Continentale, sols oligo- à mésotrophes

Alliance Nanocyperion flavescentis Koch ex Libbert 1932

Continentale, niveau topo.moyen, sol argileux/tourbeux

Alliance Radiolion linoidis Pietsch 1971

Continentale, niveau topo.moyen, sol sableux

COR 1991

22.32 Communautés amphibies annuelles septentrionales

Directive Habitats 1992 et Cahiers d’habitats

3130 Eaux stagnantes oligotrophes à mésotrophes avec végétation des Littorelletea et/ou des Isoeto-Nanojuncetea
3130-3 Communautés annuelles mésotrophiques à eutrophiques, de bas niveau topographique, d’affinités continentales
3130-4 Communautés annuelles oligotrophiques à mésotrophiques, de bas niveau topographique, d’affinités atlantiques
3130-5 Communautés annuelles oligotrophiques à mésotrophiques, de niveau topographique moyen
3130-6 Communautés annuelles oligotrophiques à mésotrophiques, neutrophiles à basophiles, de niveau topographique moyen

Confusions possibles

Par ses caractéristiques stationnelles et sa structure de gazon ras dominé par des nano-thérophytes, l’habitat ne peut guère être confondu. Dans certaines situations toutefois, l’eutrophisation du milieu (substrat, eau) peut entraîner son introgression par diverses plantes nitrophiles – renouées, bidents, oseilles – qui brouillent l’interprétation. Par ailleurs, dans le cas de communautés annuelles mosaïquées avec des faciès vivaces, la séparation des deux synusies n’est pas toujours aisée et même, parfois, impossible

Dynamique

Les gazons à petites annuelles éphémères constituent un habitat de type pionnier, plus ou moins instable dans l’espace et dans le temps, à caractère nomade, dont la dynamique naturelle est largement tributaire de la dynamique hydrique. En cas d’assèchement prolongé du milieu, l’habitat cède la place à des formes sèches beaucoup moins originales avec perte d’une grande partie du cortège caractéristique. A l’inverse, une hygrophilisation marquée du milieu (par stabilisation du plan d’eau par exemple) risque d’entraîner la destruction rapide de l’habitat par l’invasion de grandes plantes hygrophiles coloniales (espèces de mégaphorbiaies, de roselières). Dans les sites où l’habitat forme des mosaïques instables avec des communautés vivaces – bas-marais, prairies oligotrophes, landes calcifuges – un minimum de pressions biotiques (piétinement, fauche) est nécessaire pour éviter la disparition des fragiles espèces annuelles.

Espèces indicatrices

[plante2] *Anagallis minima, *Blackstonia imperfoliata, *Carex bohemica, Centaurium pulchellum, *Centaurium spicatum, Centaurium tenuiflorum, *Cicendia filiformis, Cyperus fuscus, *Cyperus flavescens, *Cyperus michelianus, *Damasonium alisma, *Elatine hexandra, *Eleocharis ovata, *Exaculum pusillum, *Isolepis cernua, Isolepis setacea, Juncus capitatus, Juncus pygmaeus, *Kickxia cirrhosa, *Limosella aquatica, *Lythrum tribracteatum, Montia fontana ssp.chondrosperma, *Myosurus minimus, *Potentilla supina, *Pulicaria vulgaris, *Pycreus flavescens, Radiola linoides, *Ranunculus nodiflorus, *Sedum villosum, Veronica acinifolia
[plante1] Gnaphalium uliginosum, *Gypsophila muralis, Juncus bufonius, Juncus tenageia, Lythrum hyssopifolia, Lythrum portula, Polygonum aviculare, Pseudognaphalium luteo-album, Ranunculus sardous
[briophytes] Aphanoregma patens, Archidium alternifolium, Bryum alpinum, Fossombronia pusilla, Fossombronia wondraczekii, Micromitrium tenerum, Philonotis fontana, Physcomitrium eurystomum, Physcomitrium sphaericum Racomitrium elongatum Riccia beyrichiana, Riccia canaliculata, Riccia cavernosa, Riccia ciliifera, Riccia fluitans, Riccia huebeneriana, Riccia nigrella
[champignons] Alnicola melinoides, A. scolecina, Cortinarius saniosus, Hebeloma pallidoluctuosum, Inocybe agardhii, I. curvipes, I. flavella fo. roseipes, I. lanuginosa, I. paludinella, I. squarrosa, Lactarius lacunarum, Pholiota gummosa, Xerocomus ripariellus

Valeur biologique

Avec 38 espèces végétales caractéristiques dont 22 inscrites sur la Liste Rouge régionale, l’habitat possède une très haute valeur patrimoniale sur le plan floristique : c’est dans cet habitat par exemple que se localisent la seule station régionale de Renoncule nodiflore Ranunculus nodiflorus, taxon inscrit au Livre Rouge National, les 2 stations du Poitou-Charentes de Linaire à vrilles Kickxia cirrhosa, Scrophulariacée méditerranéenne en aire disjointe, ou encore les seules localités pour la Laîche de Bohême Carex bohemica, Cypéracée continentale atteignant sa limite d’aire occidentale dans notre région. Son caractère éphémère et fugace le rend en revanche peu attractif pour la faune.

Menaces

Du fait de sa nature très ponctuelle, le sort de cet habitat est lié le plus souvent à celui des complexes écologiques auxquels il s’intègre : étangs et leurs rives, landes calcifuges, dépressions arrière-dunaires. Sa localisation fréquente en périphérie de plans d’eau utilisés pour des activités de loisirs ou de pêche l’expose notamment à diverses menaces : stabilisation du plan d’eau, eutrophisation des eaux, surpiétinement, artificialisation des rives. La fermeture de milieux autrefois exploités et aujourd’hui abandonnés signifie la disparition de biotopes où l’habitat pouvait s’implanter. Le développement de la sylviculture intensive du Pin maritime a eu en revanche un impact favorable sur l’habitat par la multiplication des pare-feux régulièrement entretenus où de nombreuses espèces caractéristiques peuvent s’observer (l’exemplaire le plus riche de l’habitat au niveau régional se trouve dans un pare-feu sablonneux isolant une voie ferrée d’une grande zone de landes).

Statut régional

Habitat très disséminé, présent surtout dans les régions d’étangs et sur les substrats géologiques favorables (dépôts sableux tertiaires, socle granitique) : partie armoricaine de 79, Double charentaise, sud-est de la Vienne, est Charente.

De nombreux sites abritant des échantillons riches ou représentatifs de l’habitat ont été intégrés et décrits dans les inventaires du patrimoine naturel récents (ZNIEFF, NATURA 2000) auxquels on se reportera pour plus de détails.

16 : landes de la Double, Confolentais

17 : landes de Cadeuil, landes de Montendre, lèdes d’Oléron

86 : étangs et landes du Montmorillonnais

79 : mares et étangs de la partie armoricaine